Source : Rue89

 

« Trouver des plans pour acheter de la bonne bouffe moins cher. » Quand j'entends un copain me parler du collectif qu'il a créé avec trois amis, à première vue, je rigole. Présentée comme ça, l'affaire ressemble à un trafic illicite.
J'ai rejoint le groupe il y a deux ans. Au début, on était une petite dizaine : des copains, puis des copains de copains, d'un peu tous les horizons : artisans, artistes, enseignants, chômeurs.

On se rencontre le soir chez les uns et les autres. On aurait pu adhérer à une Amap, mais on veut garder une liberté dans le choix des produits : les paniers plus ou moins imposés, c'est pas notre truc. Ce qu'on voulait, c'est reprendre la chaîne depuis le départ en s'organisant nous-mêmes.

Tout de suite, les plans les plus efficaces concernent légumes, œufs, pain, fromage et vin. Question de territoire : le nôtre propose des maraîchers, des petits producteurs. Donc, très vite, c'est la valse des cagettes, du pain bio et du pinard, la monnaie passe d'une main à l'autre, chacun tient sa petite liste et la coche.

J'organise toute la chaîne, du producteur au consommateur

L'asso naît en mars 2009. L'adhésion est fixée à cinq euros par an et par famille. On ouvre un compte à la Nef, une banque orientée éthique et solidarité. Et puis on crée un site internet, Choux-fleurs et pissenlits.

Pour mettre en place l'activité, on organise des mandats. Moi, j'avais parlé d'un producteur local de fruits et légumes, donc je prends ce mandat : j'organise toute la chaîne du producteur au consommateur. J'inventorie les produits et les prix (on ne négocie pas avec un producteur local, il fixe ses tarifs), je liste les adhérents intéressés, je mets en place les commandes et je m'occupe de la distribution.

Le principe, c'est que chaque mandaté gère son truc comme il l'entend, il s'organise avec le producteur et les acheteurs et s'occupe des paiements, des commandes et des livraisons.

Une foire d'empoigne pour passer commande au grossiste bio

Chaque trimestre, on commande chez un grossiste bio tout ce qu'on ne trouve pas à proximité : hygiène, entretien, épicerie sèche... Là, on bénéficie de prix de gros. Les commandes s'organisent sur le site, chaque adhérent a créé un compte et consulte le catalogue en ligne.

Mais il y a un hic : le grossiste exige des quantités de commande précises, qui correspondent à son conditionnement. Par exemple, les haricots sont vendus par sacs de 5 kg, et si le cumul des commandes des adhérents se monte à 3,5 kg, la commande est compromise.

Alors on organise des séances d'ajustement, sorte de foires d'empoigne à la fin de laquelle tout doit être réglé selon les conditionnements du grossiste. Certains acceptent de se défaire des haricots, d'autres prennent un litre d'huile en plus pour satisfaire le groupe. Généralement, c'est assez folklorique...

Un arabica doux, à 12 euros le kilo, du Chiapas zapatiste

On aimerait bien éviter de trop se fournir auprès de ces grosses centrales. Donc on peaufine notre catalogue de producteurs locaux : on repère les nouvelles adresses. Par exemple, une usine de cosmétiques bio s'est ouverte dernièrement, pas loin. C'est l'opportunité de virer la référence de plusieurs produits chez le grossiste. Même si les prix sont plus chers, on privilégie le local. « Qui prend le mandat ? »

Pour le café, on ne risque pas de trouver un producteur local. Du coup, on approche une association toulousaine qui travaille avec des collectivités de caféiculteurs du Chiapas (Mexique) et négocie sur place le prix d'achat. Cela varie selon le climat bien sûr, mais aussi selon les projets des collectivités zapatistes : une école, un canal d'irrigation...

Le café est revendu sans marge auprès des associations adhérentes. Bilan : on boit un excellent arabica doux, bio et équitable à 12,20 euros le kilo, un prix comparable aux bonnes marques dans un supermarché.

Le supermarché ? Imbattable !

Bon, des problèmes, il y en a. Organiser les mandats, commandes, paiements et livraisons, ça demande de la disponibilité. Ensuite, il y a les réunions pour organiser tout ça. Bref, c'est du boulot. Mais bon, rien d'incompatible avec une vie professionnelle et familiale. En moyenne, compter trois à cinq heures par semaine.

Moi, je suis illustrateur-graphiste, je bosse chez moi, je fais entre quarante et cinquante heures par semaine. Certains ont moins de temps à consacrer, chacun fait selon son planning.

Au final, on comprend le succès des supermarchés. En deux heures, avec une bagnole, un chariot et une Carte bleue, on engrange dans son coffre les besoins de toute la famille : produits frais, épicerie sèche, hygiène, cartouches d'encre et croquettes du chien. C'est imbattable. Si on admet que « le temps, c'est de l'argent », je bouffe du temps, donc de l'argent, et au final, on peut me dire que ce n'est pas viable.

Et pourtant, depuis que je mange bio, ça me coûte moins cher et c'est meilleur. Alors quel est le bon calcul ?

Quand 38 adhérents se partagent 4 000 euros de marchandises...

On vient d'adhérer à un centre social intercommunal, qui va nous aider à résoudre certains problèmes. Par exemple, quand 38 adhérents se partagent deux palettes et 4 000 euros de marchandises, il faut de l'organisation et un minimum de logistique.

Le centre social nous prête des salles pour la répartition et pour nos assemblées générales. En retour, on participe à leur projet actuel de relancer des petits jardins familiaux.